Qui possède les réseaux que nous construisons ?
CFDT Rhon’Telecom · Décryptage · Situation au 18 septembre 2026
Chères et chers collègues,
Une question simple, dont la réponse ne l’est pas : à qui appartient la fibre que nous posons ?
Comprendre qui possède le réseau, qui l’exploite et qui commande l’intervention aide à expliquer les différences de procédures, de facturation et de responsabilités d’un chantier à l’autre.
Deux rôles à distinguer
L’opérateur d’infrastructure (OI) déploie ou exploite le réseau fibre, en organise la maintenance et en fournit l’accès aux opérateurs commerciaux. Sa qualité d’exploitant ne suffit pas à déterminer qui est propriétaire de chaque infrastructure.
L’opérateur commercial (OC) fournit l’abonnement au client final. Il peut utiliser un réseau qu’il n’a pas construit, en achetant un accès ou en disposant de droits d’usage.
Ce sont des fonctions, pas deux catégories étanches d’entreprises. Un même groupe peut exercer les deux. L’Arcep détaille les rôles de l’OI et de l’OC. À ces fonctions s’ajoutent celles des prestataires chargés des travaux ou du raccordement.
Des zones de déploiement aux montages différents
Les zones très denses. La concurrence entre réseaux s’y combine avec des obligations de mutualisation. L’emplacement du point de mutualisation dépend notamment des caractéristiques des immeubles : il n’est pas toujours au pied de chacun d’eux.
Les zones AMII. Dans ces zones moins denses, des opérateurs privés ont pris des engagements de déploiement sur leurs fonds propres.
Les réseaux d’initiative publique (RIP). Les collectivités y ont porté le déploiement pour compléter l’initiative privée, souvent par délégation de service public. Il faut distinguer le propriétaire, le délégataire et les éventuels prestataires : une exploitation déléguée ne signifie pas automatiquement une propriété transférée. Le montage et les contrats doivent être examinés.
Les zones AMEL. Elles relèvent d’engagements de déploiement privés pris à l’échelle locale dans des territoires initialement envisagés pour l’initiative publique.
Ces repères décrivent des logiques de déploiement et de financement ; ils ne suffisent pas à identifier le propriétaire de chaque équipement. L’Arcep présente les différents cadres applicables à la fibre.
La fermeture du cuivre, elle, dépend des conditions fixées par le régulateur, notamment du déploiement de la fibre et des délais de prévenance. Elle ne se réduit pas au seul respect des engagements AMII.
XpFibre, l’exemple qui nous concerne
XpFibre, anciennement SFR FTTH, exerce une activité d’opérateur d’infrastructure. Altice France le présente parmi ses filiales. XpFibre indique que son capital réunit Altice France et des investisseurs OMERS, AXA et Allianz. Son activité commerciale consiste notamment à fournir des accès aux opérateurs.
Les chiffres publiés sur la présentation officielle Altice France sont les suivants :
- 7,3 millions de prises FTTH déployées ;
- 6 700 communes ouvertes ;
- 21 réseaux d’initiative publique ;
- 5 zones AMEL.
XpFibre est exclu du périmètre de l’opération SFR présentée par Altice France, comme ATS, UltraEdge et les activités outre-mer. La présentation des résultats du deuxième trimestre 2026, diapositive 9, précise ce périmètre.
Cela ne signifie pas que toutes les infrastructures fibre de SFR sont exclues. Le protocole annoncé le 6 juin 2026 prévoit notamment la reprise par Bouygues Telecom de la part SFR de certaines infrastructures FTTH en zone très dense. L’opération reste soumise aux autorisations et à sa réalisation.
Notre lecture
Un changement d’actionnaire ne fait pas disparaître les besoins de maintenance. Un réseau doit continuer à être entretenu, réparé et adapté. L’achèvement du déploiement ne supprime pas ces besoins ; il fait évoluer la nature du travail.
Mais l’existence de ces besoins ne garantit pas nos commandes. Les exploitants choisissent leurs prestataires et renouvellent leurs marchés. Il faut donc connaître les volumes, les échéances et les conditions de renouvellement des contrats qui font vivre nos équipes.
Une responsabilité mal définie peut compliquer l’intervention. Face à une installation dégradée, le technicien doit savoir qui autorise la reprise, qui la finance et à qui signaler le problème. Ce sont des procédures à clarifier avec les donneurs d’ordre. Nous développons ce point dans notre article sur le mode STOC.
C’est pourquoi nous demandons qu’une cartographie des marchés soit présentée au CSE : donneur d’ordre, exploitant du réseau, périmètre des prestations, volumes et échéances contractuelles. C’est la base pour anticiper l’évolution de l’activité et des emplois.
Pour aller plus loin : ATS et le périmètre de cession de SFR · Fermeture du cuivre : calendrier et métiers
Sources : Arcep, dossiers fibre et rôles des opérateurs ; présentations officielles Altice France et XpFibre ; résultats Altice France du deuxième trimestre 2026 ; communiqué du consortium du 6 juin 2026. Liens ci-dessus.