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Le CSE central assigne Altice France et les repreneurs : ce que dit le droit

Le CSE central assigne Altice France et les repreneurs : ce que dit le droit

CFDT Rhon’Telecom · Décryptage · Situation au 18 septembre 2026

Chères et chers collègues,

Selon la dépêche AFP du 16 septembre 2026, le CSE central de SFR a adressé une assignation au groupe et au consortium repreneur pour obtenir davantage de documents sur le projet de cession. Les demandes détaillées et les entités juridiques visées doivent être vérifiées sur l’assignation.

À ce stade, la juridiction saisie, le fondement exact et le calendrier judiciaire restent à confirmer. Les règles qui suivent expliquent le recours du CSE en cas d’information insuffisante ; elles ne préjugent pas du contenu de l’action annoncée.

Comprendre ces règles aide à mesurer l’enjeu : les représentants du personnel doivent pouvoir examiner un projet avant de se prononcer sur ses conséquences.

Le principe : pas d’avis sans information

Dans les entreprises relevant de ces attributions, le CSE doit être consulté sur les projets entrant dans son champ de compétence, notamment les changements touchant l’organisation, l’emploi et les conditions de travail (article L.2312-8). Pour rendre son avis, il doit disposer d’informations précises et écrites et d’un délai d’examen suffisant (article L.2312-15).

C’est le cœur du sujet : la consultation doit permettre une discussion éclairée, pas seulement enregistrer une décision déjà prise.

Le recours : ce que le juge peut faire

Lorsque le CSE estime ne pas disposer d’éléments suffisants, il peut saisir le juge. Celui-ci apprécie le caractère suffisant de l’information transmise et dispose de deux leviers :

  • ordonner à l’employeur de communiquer les éléments manquants ;
  • prolonger le délai de consultation s’il constate que les difficultés d’accès à l’information le justifient.

Point important : la saisine ne suspend pas automatiquement le délai en cours. C’est au juge de décider de le prolonger.

Que se passe-t-il à l’expiration du délai ?

À l’expiration du délai applicable, le CSE est en principe réputé avoir été consulté et avoir rendu un avis négatif. L’absence d’avis n’est donc pas, à elle seule, un veto sur le projet. Il faut cependant tenir compte des contestations relatives au point de départ du délai et des décisions judiciaires éventuelles.

La date importante est celle de la saisine du juge. Lorsqu’il est saisi avant l’expiration du délai, il peut ordonner la communication d’informations et prolonger ou fixer un nouveau délai, même si sa décision intervient après l’échéance initiale. La saisine n’a toutefois pas d’effet suspensif automatique. C’est la distinction rappelée par la Cour de cassation le 26 février 2020.

Où en est-on

  • L’AFP du 16 septembre fait état de plusieurs reports du délai de consultation ;
  • Elle indique une nouvelle échéance au 6 octobre 2026 ;
  • La date d’audience, les demandes exactes et toute décision rendue doivent être confirmées ; aucune issue ne peut être annoncée à ce stade.

L’AFP rapporte aussi la réponse de la direction, qui estime avoir fourni une information complète dans le respect du droit de la concurrence. Cette position ne préjuge pas de l’appréciation judiciaire.

L’argument du secret des affaires : jusqu’où ?

Dans une opération entre concurrents, les échanges de données commerciales sensibles doivent être encadrés. Cette question est distincte du droit des représentants du personnel à recevoir les informations nécessaires à leur mission.

La confidentialité ne doit pas devenir une réponse générale aux questions sur l’emploi. Elle n’est pas pour autant exclue de toute information sociale : les élus sont soumis aux obligations de secret et de discrétion prévues par l’article L.2315-3. Il faut examiner les informations demandées, leur utilité et les modalités de communication adaptées.

Pour savoir quels désaccords ont effectivement été soumis au juge, il faut consulter les demandes de l’assignation. Nous ne pouvons pas les déduire des seuls commentaires de presse.

Notre lecture

Cette procédure nous concerne à double titre.

D’abord parce qu’elle éclaire l’accès à l’information. Une décision publiée pourrait fournir des repères utiles aux autres instances du groupe, en tenant compte des faits et des demandes propres à chaque consultation.

Ensuite parce que notre situation appelle des réponses précises. Le devenir d’Altice Technical Services, les engagements de volumes et les perspectives d’emploi sont des questions à documenter chez Rhôn’Telecom. Nous ne savons pas si elles figurent toutes dans l’action annoncée. Notre dossier ATS hors périmètre explique ces enjeux.

Sur le fond, notre exigence est simple : les conséquences sur l’emploi doivent être traitées pendant la discussion du projet, avec des informations permettant aux salariés et à leurs représentants de se prononcer. L’action en justice constitue un moyen parmi d’autres pour faire respecter ce droit.

Interrogez vos élus sur les informations communicables et sur le calendrier confirmé. Toute décision publiée permettra de mettre à jour ce décryptage.


Pour aller plus loin : notre revue de presse de septembre · Cession de SFR : vos questions, nos réponses

Sources : AFP/Boursorama, 16 septembre 2026, assignation annoncée et délai au 6 octobre ; Code du travail, L.2312-15 ; L.2315-3, confidentialité ; Cour de cassation, 26 février 2020, n° 18-22.759.